OCAMPO (V.)

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OCAMPO (V.)

OCAMPO VICTORIA (1890-1979)

Née à Buenos Aires, Victoria Ocampo appartenait à une famille traditionnelle de la haute société argentine. Sa sœur Silvina (1903-1993), épouse à partir de 1940 d’Adolfo Bioy Casares, devait révéler, dans le domaine fantastique, un talent d’une grande originalité. Dès l’enfance Victoria apprend le français, qui restera toujours sa langue préférée. En 1916, elle rencontre José Ortega y Gasset, qui eut sur elle une influence décisive; un élogieux «épilogue» de lui accompagne le premier livre de Victoria Ocampo, De Francesca a Beatrice (1924), une réflexion très personnelle sur La Divine Comédie de Dante. Virginia Woolf, à qui Victoria Ocampo consacra aussi une étude (Virginia Woolf en su diario , 1954), l’incite à devenir écrivain et éditeur.

Victoria Ocampo avait le culte de l’amitié: Ortega y Gasset fut le premier hôte illustre de sa résidence de Villa Ocampo, près des barrancas de San Isidro, où furent accueillies maintes célébrités, de Roger Caillois à Indira Gandhi, de Federico García Lorca à Rabindranath Tagore. Le séjour du grand poète du Bengale fut évoqué dans un livre plein de spontanéité et d’enthousiasme: Tagore en las barrancas de San Isidro (1961). Membre de la direction du Teatro Colón en 1936, Victoria Ocampo fut aussi l’amie et la propagandiste ardente de grands musiciens: Maurice Ravel, Ernest Ansermet, Igor Stravinski.

En 1931, sous l’influence de Waldo Frank et d’Eduardo Mallea, Victoria Ocampo se lance dans la grande entreprise à laquelle elle allait désormais se consacrer sans répit: l’animation de la revue Sur (dont le titre lui avait été suggéré par Ortega y Gasset). Au comité de rédaction figuraient notamment: Pedro Enriquez Ureña, Alfonso Reyes, Drieu la Rochelle, Ortega y Gasset, Jules Supervielle, Guillermo de Torre, Waldo Frank, Jorge Luis Borges, Eduardo Mallea. La Revista de Occidente et la N.R.F. représentaient le modèle de rigueur et de qualité à quoi aspirait la jeune revue qui, après la disparition des revues de la «génération de 1922» (Proa , Martín Fierro ...), allait concurrencer la vénérable revue Nosotros . Outre les jeunes talents, auxquels elle voulait donner leur chance, Sur se proposait de publier l’élite des écrivains d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud. La publication se poursuivit jusqu’en 1970. Les noms les plus prestigieux de la littérature mondiale parurent au sommaire: Breton, Camus, Claudel, Caillois, Eluard, Gide, Malraux, Maritain, Romain Rolland, Saint-John Perse, Sartre, Valéry, Graham Greene, Huxley, Shaw, Jorge Guillén, J. R. Jiménez, Heidegger, Herman Hesse, Thomas Mann, Croce, Ungaretti, Michaux, Asturias, Octavio Paz, Faulkner, Saroyan, Steinbeck... Une maison d’édition du même nom s’adjoignit, en 1933, à Sur . Une grande liberté d’esprit en fut la marque dominante. L’effervescence culturelle provoquée par Sur enrichit toute l’Amérique de langue espagnole. À l’accusation qui lui fut faite de trop porter son intérêt aux auteurs étrangers, Victoria Ocampo répondait: «Il n’est d’authentique culture nationale que l’authentique culture internationale.»

«Lectrice vorace et impétueuse», selon ses propres termes, Victoria Ocampo a su être aussi l’interprète originale et perspicace de nombreux écrivains, poètes ou penseurs. À l’origine de ses essais critiques il y a toujours un élan du cœur: «J’ai éprouvé, dit-elle, des passions littéraires qui égalaient en ferveur une passion amoureuse, sans être de la même sorte.» Les dix volumes de ses Témoignages (Testimonios , 1935-1977) recueillent une multitude d’articles, portraits, souvenirs d’une existence où les rencontres et les échanges de toute nature se multipliaient; ils retracent une sorte d’autobiographie intellectuelle et spirituelle; la forte personnalité de l’auteur y apparaît sans fard: générosité, vitalité, passion, insatiable curiosité, inépuisable capacité d’admiration, voilà quelques-uns de ses traits.

Outre des traductions du français et de l’anglais, et ses études sur Lawrence d’Arabie, Gandhi, Keyserling ou Bach, Victoria Ocampo écrivit des ouvrages plus personnels: La Laguna de los nenúfares (1924), Supremacía del alma y de la sangre (1933), Domingos en Hyde Park (1936), San Isidro (1941), Habla el algarrobo (1959).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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